Bergthora Jonsdottir

Le nouveau débarquement viking en France

Bergthora Jonsdottir
Le nouveau débarquement viking en France

À l’occasion des championnats d’Europe de football qui se sont déroulés en France du 10 juin au 10 juillet, quelques villes ont été envahies par des Islandais ne souhaitant pour rien au monde manquer ce rendez-vous historique.

 

 

 

 

 

 

Si vous habitez Saint-Étienne, Marseille, Paris ou Nice, vous avez pu voir déambuler dans vos rues de solides hommes et femmes, le plus souvent avec des cheveux blonds, des yeux bleus et une bière à la main. Ce fut sans aucun doute une bonne année pour les brasseries du pays.

 

Avec un peu moins d’un habitant sur dix sur place, cette vieille langue nordique qu’est l’islandais fut chantée à tue-tête dans les stades et partout où
les bataillons de supporters ont jugé bon d’aller. Le clapping devint notre
cri de ralliement.

La première joute face aux habiles Portugais a rendu fier tout un peuple peu habitué à des confrontations si importantes. Nous avons contre toute attente fini à égalité et créé la surprise d’emblée. Quelle fête dans le chaudron ! Un moment inoubliable face à un Ronaldo incrédule.

 

Après tout, pour permettre aux drakkars de lever les voiles vers le sud, il aura fallu des conquêtes de prestige en qualifications : deux victoires contre
les Pays-Bas (grand absent de la compétition) ainsi que deux autres contre
la Turquie et la République tchèque.

 Ensuite, c’est au Stade Vélodrome de Marseille que « nos garçons » (surnom de l’équipe), ont livré une bataille âpre contre les Hongrois. Probablement les deux plus « petites » équipes du tournoi, qui ont eu à cœur de prendre les trois points assurant la qualification. De la sueur, du sang et des larmes, c’était LE match à ne pas manquer. Match nul. 

 

Enfin, le Stade de France et ses quatre-vingt-mille spectateurs pour affronter l’Autriche de David Alaba fut l’arène d’une rencontre à fort enjeu pour les deux nations. Les hommes en rouge partaient favoris mais l’Islande a remporté ce match à la suite d'un scénario digne de nos plus belles sagas, avec un but marqué à la dernière seconde qui rendit presque aphone notre commentateur sportif ainsi que la moitié du stade. 

 

Nous avons vaincu
dans l’euphorie,
terminant 2e du 

groupe, devant le 

Portugal incapable 

de remporter un 

seul match durant 

les phases de poule.

 

La fête fut belle en bord de Seine, déjà théâtre de victoires nordiques il y a quelques siècles. Heureusement, le ballon a remplacé les haches.

 

L’objectif de finir dans les deux premiers, ouvrant la voie à la magie d’une rencontre de gala à élimination directe, était atteint. Il est certain que beaucoup ont contacté leur patron pour prolonger les vacances… Mais qui pouvait imaginer battre l’Angleterre, quatre jours seulement après le vote en faveur du Brexit ?

 

Nice. L’Islande remporte le match 2
à 1 face à une équipe d’Angleterre qui avait pourtant ouvert le score. Les
mots manquent pour raconter l’émotion ressentie lors de cette rencontre, la fierté ultime dont tous les Islandais furent saisis. 

 

Nul ne peut comprendre cette sensation
s’il n’appartient
pas à un pays de 300 000
habitants. Plus de 99 %
de part d’audience. 

 

Comme l’a si bien hurlé notre commentateur sportif désormais mondialement connu : « C’est un rêve, ne me réveillez jamais. Islande 2, Angleterre 1. Islande 2, Angleterre 1. Islande 2, Angleterre 1 ».

 

Le somptueux clapping réalisé en communion avec l’équipe en fin de match n’a d’égal que celui fait après la défaite 5 à 2 face à la France. Les 11 joueurs sur le terrain ont vaincu puis perdu avec leurs supporters. Nous avons tout vécu ensemble, les victoires et les moments difficiles. Nous sommes tombés ensemble contre la bande à Grizou au Stade de France, mais quelle belle mort !

 

La nouveauté d’une telle gloire provoque une excitation fabuleuse et unique. Nos garçons ne sont pas les plus talentueux mais ce sont d’incroyables guerriers, qui ont laissé toutes leurs forces sur les différents champs de bataille à l’image des féminines qui excellent depuis longtemps dans le même domaine.

 

Pour les vaincre, les équipes adverses n’ont pas pu se cacher. Au contraire, elles ont dû monter droit au front et prier que Þór soit lui aussi dans un mauvais jour. Dommage que la même ferveur n’ai pas accompagné l’équipe de France le 10 juillet.